Club 505

Le club des passionnés de la Peugeot 505

La compétition

La carrière de la 505 Turbo, en compétition, s’est essentiellement déroulée sur piste. 1cd1000p80.jpg1.L’entrée en matière se fera avec la 505 STI, dont le nouveau 4 cylindres de 1995 cm3 (88×82 mm) délivre 110 ch à 5250 tr/min. Coiffé d’une culasse à simple ACT et surtout d’une injection électronique Bosch K-Jetronic, il constitue une bonne base de travail pour les préparateurs. Mais la mise au point est longue et Peugeot Sport ne souhaite pas mettre en concurrence la Coupe 104 ZS, qui fonctionne parfaitement en rallye. Les premières participations routières seront donc d’ordre privé, ou au mieux, financées par des groupements de concessionnaires, ancêtre du GCAP (Groupement de concessionnaires d’Automobiles Peugeot). Le concessionnaire Rhône-Alpes engage ainsi deux 505 STI au rallye de l’Acropole en 1980, pour Claude Laurent et Christian Dorche. Si le premier ne dispose que d’une berline Groupe 1 développant 115 ch., le second est au volant d’une Groupe 2 de 199 ch., préparée par Danielson, qui en a profité pour monter une boîte de vitesse à 5 rapports identique à celle des coupés 504 V6 de l’usine. Les résultats positifs (Laurent termine 18e et Dorche 25e) viendront récompenser leurs efforts : l’idée que la 505 puisse avoir une place en compétition commence à faire son chemin.

L’homme de la situation se nomme Jean-Pierre Beltoise ; il est à la fois pilote et instigateur du nouveau championnat de France des voitures de production, dont le règlement s’inspire directement du championnat Nascar nord américain, faisant la part belle aux berlines de très grande série. Si, lors de la première saison (1976), n’étaient admises que les voitures préalablement homologuées en Groupe 1, de nombreuses tolérances réglementaires seront rapidement introduites, et en particulier la possibilité de changer le type d’admission, à compter de la saison 1980. Fidèle à sa stratégie, Jean-Pierre Beltoise auréolé d’un double titre de champion de France 1976 et 1977 avec BMW, cherche à impliquer les constructeurs français. Pour cela, il doit montrer l’exemple, et commence par engager une 505 à titre privé. Cette berline sort des atelier Danielson. Le poids atteint 870 kg (contre 1220 kg de série), mais la partie la plus intéressante concerne le moteur, d’une puissance de 188 ch. à 7200 tr/min (contre 110 ch. de série) et un couple de 21,8 mkg à 5300 tr/min. Ces valeurs ont été obtenues grâce au montage de grosses soupapes et au remplacement de l’injection électronique par 2 carburateurs double corps Weber. Menant parallèlement un programme identique en rallye cross, il faudra patienter jusqu’en 1982 (Montlhéry et Magny-Cours) pour « JPB » impose la 505 en production, tandis qu’une deuxième voiture est confiée à Guy Fréquelin.

505rac10Les dirigeants de Peugeot ne sont pas insensibles à ces résultats, d’autant plus que les ventes de 505 de grande série ne parviennent pas à décoller. Dans ce contexte, la présentation de la 505 Turbo en 1983 arrive à point nommé. Avec 150 ch. et 200 km/h de série (pour 1300 kg), les perspectives sportives deviennent beaucoup plus excitantes. Pour en arriver là, il a été nécessaire de remplacer le bloc 2 litres, d’origine PRV, par le Simca-Chrysler de 2155 cm3 (91,7×81,6 mm). Ce moteur même qui servit de base au célèbre moteur JRD/ROC de formule 2, qui développait jusqu’à 300 ch. et était pourvu d’une injection mécanique à guillotine. Dans le cas de la 505 Turbo, il s’agit d’une injection électronique régulée et d’un turbo Garrett sans échangeur d’air, dont la pression est limitée à 1 bar, avec détecteur de cliquetis. Pour le rendre compétitif, un turbo KKK, dont la pression atteint 1,7 bar, est substitué aux Garett de série. La puissance atteint ainsi 440 ch pour une voiture qui ne pèse que 1200 kilos.

A Hockenheinm, en Allemagne, soutenu par le réseau des concessionnaires, Beltoise signe la première victoire d’une voiture équipée d’un turbo face aux BMW 635 et Alfa GTV6 atmos. Pour la saison suivante, la puissance atteint 550 ch. Confrontés à une électronique capricieuse et à une répartition de freinage fantaisiste, Jean-Pierre Beltoise, Jean-Pierre Jarrier, Jean-Pierre Malcher et Anne-Charlotte Verney peinent à s’imposer face aux Chevrolet Corvette, Rover 3500, Mercedes 190 et BMW 635, leurs rivales. Lors du championnat 1986, Jean-Pierre Beltoise est enfin victorieux à Montlhéry et au Paul Ricard. Au final, Jean-Pierre Beltoise et Jean-Pierre Jabouille s’imposeront à 8 reprises entre 1984 et 1987, victoires partagées équitablement entre « JPB » et « JPJ ».

roulax_1132253521_trophee_505_turbo_3Pour la saison 1985, Peugeot Sport lance un trophée pour les 505 Turbo, une formule de promotion sur circuit qui vient remplacer la Coupe Talbot Samba. Par rapport au modèle de série – dans sa version 160 ch – les 505 destinées à cette compétition sont équipées d’un kit moteur qui leur fait gagner une quarantaine de chevaux. En plus d’une culasse spéciale, d’un échappement et d’un turbo spécifique, le kit comprend des combinés ressorts-amortisseurs renforcés, une direction directe et un couple plus court.

Avant de s’aligner dans le trophée, les 505 Turbo doivent également subir une cure d’amaigrissement destinée à leur faire perdre 40 kilos. Enfin, équipée à l’origine de pneus Michelin TRX, la 505 se révèle survireuse à l’extrême lorsque ceux-ci se dégradent, au fil de la course. L’adoption de véritable pneus racing pour la saison suivante pallie ce problème, mais oblige à une profonde modification du système de freinage. La puissance passe de 200 à 230 ch par l’adoption d’un échangeur air-air placé devant le radiateur, tandis que l’endurance des freins est améliorée avec l’apparition de disques avant ventilés, de plus grand diamètre.

Didier Artzet remporte ce trophée, en 1985, Michel Maisonneuve en 1986, tandis qu’André Bourdon est titré en 1987. Interrompue à la fin de la saison 1987, cette épreuve ne connut pas le succès escompté, sans doute en raison de la désaffection des concurrents de la Coupe Samba et de la mise à disposition tardive d’un kit de transformation réellement performant. L’une des particularités du Trophée 505 Turbo était d’accueillir lors de chaque manche un pilote de notoriété invité par Peugeot. On verra ainsi s’affronter tour à tour Jean-Pierre Beltoise, Mauro Baldi, Jean-Pierre Jarier, Jean-Louis Schlesser, René Metge, Jacques Lafite, Jean-Pierre Jabouille ou encore Fabien Giroix.

peugeot505uc6Enfin, bien qu’il s’agisse d’une participation privée, on ne peut passer sous silence la 505 Turbo 4×4 pilotée par Denis Marcel, et construite pour moitié par CA Sport, et pour moitié par Danielson, qui disputa le championnat de France de rallycross de 1988, parallèlement à la 205T16 de Guy Fréquelin. On devra également se souvenir que, dans un tout autre registre, quelques break Dangel ont tenté leur chance au rallye Paris Dakar, avec un succès mitigé : les frères Marreau abandonneront en 1987, et aucun des 5 Dangel présents au départ ne rallieront l’arrivée – pas plus qu’en 1988 et en 1990. Seul un certain Reinbolt figure en 95e place du classement final du Dakar 1989…

 

Sources : Laurent Cornée, Les Peugeot sportives de série (ETAI), et Michel Morelli, Peugeot et le sport automobile (ETAI)

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